Un think tank allemand : la Fondation Bertelsmann

Reinhard Mohn, fondateur de la Fondation Bertelsmann en 1977
Reinhard Mohn, fondateur de la Fondation Bertelsmann en 1977
Liz Mohn, présidente du groupe Bertelsmann
Liz Mohn, présidente du groupe Bertelsmann

Bertelsmann est un groupe de médias allemand dont l'origine remonte à la création en 1835 de l'imprimerie de Carl Bertelsmann à Gütersloh.

 

En 2004, Bertelsmann est le premier groupe de médias européen. Les principales sociétés du groupe sont :

- RTL Group (audiovisuel) : dont M6, RTL Television (télévision) et RTL, Fun radio (radio) ;

- Random House (édition) ;

- Gruner & Jahr et Prisma Presse (presse) : dont Stern, GEO, Capital, Financial Times Deutschland, Der Spiegel (Gruner & Jahr) et Voici, VSD (Prisma Presse) ;

- Arvato : société de services média (imprimerie, gravure CD et DVD, marketing direct, IT) ;

- DirectGroup (vente de produits culturels)

 

Le groupe est contrôlé par Liz Mohn, la présidente du groupe, et sa famille qui détiennent en direct 17,3 % du capital alors que 57,6 % sont à la Fondation Bertelsmann.

 

La Fondation Bertelsmann est adossée à cette grande entreprise du secteur de l'édition et des médias qu'est le groupe Bertelsmann. Comprennant plus de 300 collaborateurs, la Fondation est capable d'intervenir sur tous les grands sujets qui intéressent les acteurs de la mondialisation. Outre un engagement dans le domaine de la santé, la Fondation Bertelsmann a laissé son empreinte dans maints débats concernant l'avenir de l'Union Européenne. Dans un contexte de tensions entre les Etats-Unis et l'Europe, la Fondation Bertelsmann se voit un rôle de médiatrice. Mais, ce qui l'intéresse surtout, c'est de dessiner les contours d'une "gouvernance mondiale". Alors même que la Fondation a largement contribué au consensus transatlantique des trente dernières années, la crise actuelle permet à la Fondation de rebondir : jamais, plaide-t-elle, on n'avait eu autant besoin de cadres globaux pour la communauté internationale.

 

Les travaux pilotés par la Fondation Bertelsmann vont très loin. En effet, ses dirigeants poussent à la création d’un véritable bloc économique, un « G-2 » euro-américain encore plus structuré que le G-7 (ou G-8 en incluant la Russie) regroupant les plus grandes puissances industrielles.

 

Cette volonté de favoriser ce bloc économique euro-américain est le moyen d’assurer la stabilité économique mondiale selon ces experts. Indirectement, c’est aussi une manière d’assurer une prééminence sur des pays émergents, en premier lieu, la Chine. Par conséquent, le groupe « Economie, commerce et finances » préconise l’institutionnalisation d’un véritable outil, le « Trade G-2 » (« commerce G-2 »), afin d’éviter des à coups au sein de cette communauté économique euro-américaine. Pour réussir ce mariage, ces experts encouragent les États-Unis à partager leur leadership avec leur partenaire européen dans des domaines où il existe une certaine parité de puissance commerciale. L’objectif non déclaré est aussi d’éviter une déperdition de puissance par des confrontations inutiles qui nuiraient au bloc atlantique et l’affaiblirait face à la concurrence asiatique ou indienne. En revanche, il est souligné que cette situation ne peut véritablement se faire jour que si les Européens arrivent à s’organiser afin de pouvoir parler d’une seule voix. Ces directives émanant de ces différents experts dans le cadre des séminaires organisés par Bertelsmann ont pris forme durant le 1er semestre 2007 lors de la présidence allemande de l’Union européenne. En effet, il a été décidé de créer en avril 2007 le « Conseil économique transatlantique » (le CET, Transatlantic Economic Council, TEC) lors du sommet Union européenne-États-Unis à Washington afin de renforcer l’intégration économique transatlantique. Le CET qui est la transcription du Trade G-2 (« commerce G-2 ») issu des délibérations de la Fondation Bertelsmann a ouvert sa première séance le 9 novembre 2007. Co-piloté par le vice-président de la Commission européenne, Günter Verheugen lié à Bertelsmann, et Allan Hubbard, directeur du Conseil économique national, les discussions du CET ont porté sur « les possibilités de réduire les obstacles au commerce et aux investissements transatlantiques ». Par la suite, la 2è séance du CET tenue à Bruxelles, le 13 mai 2008, à la veille du sommet Union européenne-États-Unis de juin 2008, n’a fait qu’approfondir une politique préparée depuis longtemps. Elle se poursuit dans le cadre monétaire.

 

En effet, avec la création de la monnaie unique européenne, le dollar côtoie une unité monétaire représentant un pôle économique important. C’est pourquoi, les intervenants invitent fortement les dirigeants des deux économies à s’entendre pour permettre la création d’une « arène monétaire » : « Plus fondamentalement, les États-Unis et l’Union européenne sont non seulement les deux super puissances économiques mais aussi les représentants des deux principales monnaies mondiales. L’euro s’est déjà imposé comme une monnaie internationale de premier plan et disputera de plus en plus le leadership monétaire au dollar. Les fluctuations dans les taux de changes euro-dollar ont des conséquences majeures pour tous les pays du monde. Cela requiert donc la formation d’une arène monétaire pour le G-2 aussi vite que possible (ndlr : annonce en filigrane d’une monnaie transatlantique). La Réserve fédérale et la Banque centrale européenne qui sont toutes les deux indépendantes de leurs gouvernements respectifs, devraient réussir à créer leur propre relation au sein du G-2 ».

 

En fait, les auteurs de ces travaux rappellent que les continents se dotent de monnaies régionales. C’est un fait pour l’UE avec l’euro tandis que l’alter ego américain envisage de se doter d’une monnaie unique, l’amero et d’une banque centrale Nord-américaine. Le phénomène est le même avec la création de l’Union des nations d’Amérique du Sud (l’UNASUR), en mai 2008, qui prévoit la création d’une seule monnaie pour le continent sud-américain encadrée par l’équivalent d’une Banque centrale sud-américaine, le tout sous l’égide d’un parlement unique. En dehors de ces aspects économiques et monétaires, ces auteurs insistent aussi sur la nécessité de maîtriser des problèmes comme l’énergie (stabilisation des prix), l’environnement (sujet sensible qui permet l’instauration d’une organisation mondiale de l’environnement et des contraintes sur la vie des particuliers et des entreprises) et les migrations (en raison des déplacements de populations et des conséquences sur l’économie). Pour ces experts, le règlement de ces sujets en concertation de part et d’autre de l’Atlantique poursuit toujours le même objectif, créer un pôle le plus stable possible afin de faire poids et de tenir la dragée haute face aux autres blocs politico-économiques. En guise de conclusion, ces experts rappellent la nécessité d’une refonte du système : « La stratégie du G-2 pourrait conduire l’alliance transatlantique vers une cohésion et une souplesse qui est si cruciale pour la paix et la prospérité pour près de 800 millions de personnes habitant cette partie du monde ».

 

En fait, ces recommandations sont une tentative d’assurer au bloc euro-américain la possibilité d’être le primus inter pares face à la constitution de grands pôles politico-économiques Sud-américain ou asiatique. À condition d’arriver à terme, cette association ne serait pas une relation entre égaux. Les élites anglo-Saxonnes à l’esprit apatride resteraient les maîtres d’œuvre de ce partenariat qui ne peut s’instaurer qu’après des bouleversements financiers, économiques et sociaux majeurs.

 

Sources :

http://911nwo.info/2009/05/13/livres-la-fondation-bertelsmann-et-la-gouvernance-mondiale-par-pierre-hillard/

http://www.voltairenet.org/article160130.html